Nouvelles normes de santé 2026 : le carnet de maternité et l’examen des 6 ans changent tout pour les familles

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Le 1er mars 2026, un arrêté discret du 19 décembre 2025 est entré en vigueur et a transformé le parcours santé de centaines de milliers de familles françaises.

Le nouveau carnet de maternité remplace désormais l’ancien modèle dans tous les conseils départementaux.

Dans la même vague réglementaire, l’examen médical obligatoire des 6 ans devient le nouveau pivot du dépistage précoce, en remplacement d’une consultation supprimée avant le premier mois. Ces nouvelles normes de santé 2026 ne sont pas une simple mise à jour graphique : elles redessinent la prévention périnatale, le repérage des troubles du neurodéveloppement (TND), la prise en charge du bilan neuropsychologique et la digitalisation du carnet de santé dans Mon Espace Santé.

Les 660 800 enfants nés en France en 2024 donnent la mesure de l’enjeu : chaque année, plus d’un demi-million de familles entrent dans ce parcours obligatoire. Pourtant, les communiqués officiels restent techniques, et les parents apprennent souvent en consultation les changements qui s’appliquent à leur enfant.

Cet article décortique point par point ce que le nouveau carnet de maternité contient, pourquoi l’examen des 6 ans devient obligatoire et systématique, qui peut obtenir un bilan neuropsychologique remboursé, et ce que la bascule numérique prévue pour fin 2026 change concrètement.

Les zones grises – écrans, syndrome du bébé secoué, dépression post-partum, TND et autisme – sont enfin abordées frontalement.

La Haute Autorité de Santé (HAS), le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) et l’Assurance Maladie ont signé les textes. Reste à savoir si les familles recevront l’information en temps utile ou si, comme souvent, elles devront aller la chercher elles-mêmes.

Ce que change le nouveau carnet de maternité au 1er mars 2026

Le nouveau carnet de maternité 2026 est entré en vigueur le 1er mars 2026, imposé par un arrêté du 19 décembre 2025 publié au Journal officiel le 24 décembre. Le texte est signé, chaque conseil départemental doit désormais remettre ce nouveau modèle à toutes les femmes enceintes lors du premier examen prénatal, soit avant la fin du troisième mois de grossesse. L’ancien carnet n’est pas retiré en urgence des stocks, mais tout nouveau tirage doit intégrer la refonte. La différence principale ne saute pas aux yeux sur la couverture.

Elle se loge dans le contenu : le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) avait publié ses recommandations dès 2023 et le ministère chargé de la Santé a mis près de trois ans à traduire ces avis en document remis aux familles. La concertation a associé les sociétés savantes, les représentants des professionnels de santé et les usagers, ce qui explique ce délai. Le nouveau carnet de maternité se veut désormais un outil de prévention structurant plutôt qu’un simple livret d’informations administratives.

En 2024, 660 800 enfants sont nés en France, un chiffre qui donne la mesure du volume de carnets concernés. Chaque année, plus de 600 000 femmes enceintes reçoivent donc ce document gratuitement de leur département. Le carnet reste confidentiel et protégé par le secret médical, ce qui signifie que seule la femme décide de le présenter aux professionnels de santé qui la suivent.

En pratique, il est fortement recommandé de l’apporter à chaque consultation liée à la grossesse ou à l’accouchement, car il centralise les informations cliniques partagées entre le médecin, la sage-femme et les autres intervenants. Le carnet reste également un support fortement territorial : les départements y intègrent les coordonnées locales des services de Protection Maternelle et Infantile (PMI), ce qui est rarement mis en avant dans les communications officielles.

Les femmes qui déménagent pendant la grossesse doivent vérifier que leur nouveau carnet contient bien les ressources PMI du bon département, sinon les liens locaux seront inopérants. Un arrêté du ministère, passé largement inaperçu, précise que le carnet de maternité doit désormais comporter à la fois des informations utiles en prévention et promotion de la santé, de la grossesse au postpartum, et des éléments médicaux permettant la coordination entre professionnels. Autrement dit, le carnet n’est plus un livret, c’est un dossier partagé papier.

Ce passage d’un support informatif à un véritable outil coordonné a une conséquence directe : les femmes qui ne remplissent pas leur carnet ou qui ne le présentent pas systématiquement en consultation perdent le bénéfice d’une coordination médicale renforcée. La digitalisation, prévue fin 2026 dans Mon Espace Santé, doit théoriquement combler cette faille en automatisant le partage.

En attendant, le carnet papier reste la seule source d’information continue pour la femme enceinte, et tout retard de remise par le département crée un angle mort réel dans le suivi.

L’examen des 6 ans devient obligatoire : pourquoi ce virage prévention

L’examen obligatoire des 6 ans s’impose désormais comme une étape clé de la prévention pédiatrique en France. Il a été créé par redéploiement d’une consultation supprimée avant la fin du premier mois, sur la base de l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique du 21 juin 2024.

Le nombre total de consultations obligatoires reste à 20 sur toute l’enfance et l’adolescence, mais la répartition change. L’enjeu affiché par la HAS : éviter que certains enfants porteurs d’un trouble du neurodéveloppement ne soient repérés trop tard, au moment où leur entrée en CP devient compliquée.

Le calendrier conseillé prévoit que la visite des 6 ans ait lieu idéalement au cours du deuxième trimestre de l’année scolaire du CP. Cette précision est loin d’être anecdotique : un enfant né en décembre arrive en CP à peine six ans et huit mois, quand un enfant né en janvier a déjà sept ans et demi. Le décalage de maturité peut fausser l’interprétation de signaux sensoriels, moteurs ou langagiers, et c’est exactement pour cela que la HAS recommande de tenir compte de la date de naissance.

Le contenu de cet examen dépasse largement la mesure de la taille et du poids. Il inclut la recherche de signes de puberté précoce, le contrôle de la vision et de l’audition, mais aussi le repérage d’écarts de développement à l’aide d’une grille dédiée aux signes d’un développement inhabituel chez l’enfant de moins de 7 ans – grille disponible sur handicap.gouv.fr. Les troubles « dys » (dyslexie, dyspraxie, dysphasie), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre de l’autisme et les déficits sensoriels font partie des cibles explicites.

La HAS rappelle dans ses recommandations que la prévalence des troubles du neurodéveloppement varie de 5 à 15 % selon les définitions utilisées, ce qui signifie qu’un enfant de CP sur dix à un sur sept est statistiquement concerné par une forme ou une autre. À l’échelle d’une classe de 25 élèves, cela correspond à 2 à 4 enfants à repérer. Le médecin généraliste, le pédiatre, le médecin de PMI ou le médecin scolaire sont autorisés à conduire cet examen.

Dans le circuit de facturation, la consultation obligatoire de l’enfant (COE) a été revalorisée de 46 € à 54 € fin 2024, et la participation forfaitaire a été portée à 32 € depuis le 1er avril 2026 pour les consultations non COE. En 2024, 35 201 médecins généralistes ont réalisé la COE, avec une moyenne de 13 consultations par an et par praticien, un chiffre stable.

Ces 20 consultations obligatoires sont prises en charge à 100 % en tiers payant, ce qui signifie aucune avance de frais pour les familles. Malgré cela, une partie des parents oublient l’examen des 6 ans ou le confondent avec la visite de médecine scolaire prévue à l’entrée en CP, qui est distincte. Le piège est réel : la visite scolaire ne remplace pas la consultation médicale de dépistage inscrite au carnet de santé.

Les cinq parties du nouveau carnet que chaque femme enceinte doit connaître

Le nouveau carnet de maternité s’articule en cinq grandes parties que peu de futurs parents explorent avant d’y être confrontés en consultation.

La première partie, intitulée « Je découvre ma grossesse », couvre les premiers examens, la déclaration administrative, les droits ouverts et les premières recommandations alimentaires et environnementales.

La deuxième, « Bien vivre ma grossesse », développe les sujets du quotidien : alimentation, activité physique, environnement, santé mentale, sommeil.

La troisième, « L’accouchement et le séjour à la maternité », contient le projet de naissance, les informations sur les maternités et les choix médicaux.

La quatrième, « Le retour à la maison et la période post-accouchement », traite spécifiquement de la dépression post-partum, de l’allaitement et des premières semaines avec le nourrisson.

Enfin, une partie médicale sert de support de traçabilité entre professionnels, avec les dates de consultations, les résultats d’examens, les vaccinations et les éléments cliniques clés. L’arrêté du 19 décembre 2025 a imposé cette structure en cinq blocs, ce qui n’était pas le cas dans les éditions précédentes.

Les nouveautés marquantes 2026 méritent d’être détaillées. Les vaccinations recommandées pendant la grossesse, notamment contre la coqueluche, le VRS et la grippe, disposent maintenant d’une rubrique complète. Les dépistages sont clarifiés : risque de trisomie 21 et diabète gestationnel font l’objet de pages dédiées avec explications sur les tests proposés et les délais.

La santé environnementale apparaît pour la première fois avec ce niveau de détail : exposition aux polluants, perturbateurs endocriniens, qualité de l’air intérieur, produits ménagers. La santé mentale avant et après l’accouchement reçoit un traitement enfin à la hauteur du sujet, avec des outils d’auto-évaluation destinés aux deux parents.

Le carnet indique noir sur blanc les signes de dépression post-partum : tristesse persistante sans raison, perte d’intérêt, culpabilité excessive, pensées intrusives, difficulté à créer un lien avec le bébé. Il précise que cette dépression se soigne, qu’il faut en parler à son partenaire, à un proche ou à un professionnel de santé, et que l’entourage a un rôle de vigilance.

L’introduction de QR codes dans le nouveau carnet est une nouveauté technique qui change la fonction du document.

Chaque QR code renvoie vers des aides administratives, des ressources institutionnelles ou des plateformes de soutien. Les parents qui scannent arrivent directement sur les pages de l’Assurance Maladie, de Santé publique France ou du ministère, ce qui réduit le temps d’accès aux informations vérifiées. Cette architecture visait explicitement à contrer la désinformation diffusée sur les réseaux sociaux en matière de grossesse. L’intention est louable, mais suppose un smartphone et une connexion stable, ce qui exclut mécaniquement une partie des publics précaires – justement ceux que la prévention périnatale vise en priorité.

Le carnet papier reste donc indispensable en parallèle du numérique, au moins jusqu’à la bascule complète vers Mon Espace Santé.

Dépression post-partum, écrans, bébé secoué : les trois angles morts enfin traités

La dépression post-partum occupe enfin une place explicite dans le carnet de maternité 2026, alors qu’elle touche environ 15 % des femmes après un accouchement et qu’elle restait largement sous-diagnostiquée. Les deux parents disposent désormais d’outils d’auto-évaluation intégrés, et la rubrique précise que la dépression post-partum concerne aussi les pères et les coparents, point longtemps ignoré dans les documents officiels.

Le carnet rappelle que la dépression se soigne, que les traitements sont compatibles avec l’allaitement dans la majorité des cas, et que la parole libérée dès les premiers signes change le pronostic. En donnant des signes concrets – tristesse, perte d’intérêt, sentiment d’incompétence, pensées noires -, le texte remplace l’ancienne approche par euphémismes, qui parlait de « baby blues » sans distinguer clairement le blues passager de la dépression clinique. Les professionnels de santé disposent ainsi d’un support de discussion pour aborder la question sans heurter.

La prévention du syndrome du bébé secoué est le deuxième angle mort enfin traité frontalement. Ce traumatisme crânien infligé par secouement concerne au moins 200 nourrissons chaque année en France selon la HAS, chiffre probablement sous-estimé puisque 30 % des cas ne seraient pas dépistés. D’autres sources évoquent jusqu’à 500 cas annuels, avec un pic d’incidence entre 2 et 4 mois et environ deux bébés secoués sur trois âgés de moins de 6 mois. Dans sept cas sur dix, l’auteur est un homme, souvent le père ou un compagnon de la mère.

Les conséquences sont dramatiques : entre 10 et 40 % des bébés secoués meurent des suites du traumatisme, et la majorité des survivants conservent des séquelles neurologiques à vie – déficits cognitifs, retards psychomoteurs, troubles visuels, cécité.

L’étude de l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP), publiée dans JAMA Network Open le 30 août 2022, a révélé qu’en région parisienne, l’incidence avait doublé et la mortalité avait été multipliée par neuf pendant la pandémie de COVID-19. Entre 2019 et 2024, les cas diagnostiqués au niveau national ont augmenté de 15 %, et l’Île-de-France reste la région la plus touchée avec 45 cas pour 100 000 naissances.

Le nouveau carnet intègre les outils de la campagne nationale : règle des « 5 C » (Calmer, Changer, Câliner, Chanter, Consulter) inspirée du programme québécois « Période POURPRE des pleurs », informations sur la normalité des pleurs intenses entre 2 et 5 mois, et numéros à appeler en cas de crise.

L’exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans est le troisième dossier longtemps esquivé. Le HCSP recommande depuis 2020 de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans, et d’interdire les écrans 3D avant 5 ans. L’arrêté ministériel de juillet 2025 est allé plus loin : interdiction formelle de l’exposition des enfants de 0 à 3 ans aux écrans dans tous les lieux d’accueil du jeune enfant (crèches, assistantes maternelles agréées, micro-crèches).

Cette interdiction s’appuie sur le rapport Mouton-Benyamina « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu » (2024), commandé par le gouvernement. Les enfants de 2 ans passent pourtant en moyenne près d’une heure par jour devant un écran selon Santé publique France, et ce temps augmente jusqu’à leurs cinq ans et demi.

Le carnet de maternité 2026 et le carnet de santé de l’enfant (édition 2025, 128 pages) intègrent désormais ces recommandations avec des messages clairs : pas d’écran avant 3 ans, pas d’écran dans la chambre de l’enfant, pas d’écran une heure avant le coucher, pas d’écran pendant les repas.

Bilan neuropsychologique : qui obtient réellement un remboursement à 100 % en 2026

Le bilan neuropsychologique reste l’un des dispositifs les plus mal compris par les familles concernées par un trouble du neurodéveloppement. En 2026, la règle de remboursement n’a pas fondamentalement changé malgré l’annonce d’une « prise en charge par l’Assurance Maladie » dans certaines communications officielles.

Le remboursement à 100 % par la Sécurité sociale s’applique uniquement si le bilan est réalisé dans une structure médico-sociale ou publique : Centre d’Action Médico-Sociale Précoce (CAMSP) pour les enfants de 0 à 6 ans, Centre Médico-Psychologique (CMP), Centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP), ou service hospitalier. Dans ces structures, la famille n’avance pas un centime.

En cabinet libéral, en revanche, aucun remboursement classique n’existe, et le coût d’une séance chez un neuropsychologue se situe entre 50 et 100 €, sans compter le bilan complet qui peut atteindre 300 à 600 €. Les mutuelles santé peuvent couvrir une partie de ces frais via des forfaits « médecine douce » ou « médecines non conventionnées », mais seulement si le contrat mentionne explicitement « neuropsychologie » ou « TDAH ».

Le vrai levier de remboursement est la Plateforme de Coordination et d’Orientation (PCO), créée dans le cadre de la stratégie nationale pour l’autisme 2018-2022. Les PCO s’adressent aux enfants de 0 à 12 ans pour lesquels un médecin de première ligne – généraliste, pédiatre, médecin de PMI – suspecte un trouble du neurodéveloppement.

Lorsque le médecin adresse l’enfant à la PCO via une prescription, la plateforme peut déclencher un forfait d’intervention précoce qui finance directement les bilans et interventions chez les neuropsychologues, ergothérapeutes, psychomotriciens et psychologues partenaires. L’Assurance Maladie rémunère ces professionnels sans que les parents aient à avancer les frais.

Ce circuit reste sous-utilisé, notamment parce qu’il suppose que le médecin traitant connaisse la procédure et accepte de prescrire. Les enfants déjà reconnus par la MDPH ou orientés en SESSAD, IME, ULIS ou PCPE ne peuvent pas cumuler ce dispositif.

Le lien avec l’examen des 6 ans devient crucial ici. Lorsque le médecin qui réalise la consultation obligatoire des 6 ans détecte des signes d’appel – décalage des acquisitions, régression, inquiétude parentale persistante -, il peut enclencher le parcours PCO et déclencher le forfait d’intervention précoce avant l’entrée en CP.

C’est précisément l’intention de la réforme 2026 : transformer l’examen des 6 ans en porte d’entrée financée du parcours TND, afin que les familles n’aient plus à choisir entre un bilan à 600 € en libéral et une liste d’attente de dix-huit mois en CMPP. Dans les faits, la montée en charge des PCO reste inégale selon les régions, et certaines plateformes refusent des dossiers faute de moyens.

Les parents qui ont un doute doivent donc demander explicitement à leur médecin une orientation PCO plutôt qu’un bilan libéral, et vérifier la disponibilité locale via leur agence régionale de santé (ARS).

Carnet de santé numérique fin 2026 : la bascule silencieuse vers Mon Espace Santé

La dématérialisation du carnet de santé de l’enfant est programmée pour fin 2026 dans Mon Espace Santé, et cette bascule numérique va modifier en profondeur la relation entre les parents, les professionnels de santé et les données médicales de l’enfant.

Mon Espace Santé compte plus de 24 millions de profils activés en janvier 2026, soit 97 % des Français disposent d’un espace (même non activé activement), avec 2,5 millions d’utilisateurs mensuels et près de 420 millions de documents de santé déposés en un an. Le service public, opéré par l’Assurance Maladie et la Délégation au numérique en santé, a basculé d’un simple coffre-fort de données vers un outil de prévention personnalisée.

Le parcours grossesse dédié est déjà utilisé par plus de 80 000 femmes enceintes, et le carnet de santé numérique de l’enfant est accessible aux deux parents depuis l’application. Le profil enfant centralise les examens produits, le carnet de vaccination, les courbes de croissance, et envoie des rappels automatisés pour les vaccinations et les rendez-vous M’T dents.

La version numérique du carnet de santé n’a pas été disponible en 2025, malgré l’entrée en vigueur de la nouvelle édition papier de 128 pages au 1er janvier 2025. Ce décalage d’un an a suscité des critiques sur la capacité de la France à innover en santé numérique, la gouvernance étant fragmentée entre ministère de la Santé, Assurance Maladie et Agence du Numérique en Santé.

La feuille de route 2026-2028 prévoit l’arrivée progressive du carnet de santé numérique de l’enfant, avec des alertes sur les examens à venir, les courbes de croissance interactives, les rappels M’T dents, un outil de détection des facteurs de risque de maladies chroniques et un premier parcours personnalisé pour les personnes diabétiques dès 2026. Les documents de vaccination et les comptes rendus des examens obligatoires de l’enfant pourront être versés directement par les professionnels de santé dans l’espace, ce qui évitera aux parents les saisies manuelles et les carnets papier oubliés en consultation.

Cette bascule pose deux questions structurelles que les communications officielles éludent. Premièrement, le carnet papier ne disparaît pas, les deux formats coexistent, ce qui signifie que les familles peu à l’aise avec le numérique continueront à dépendre du support physique, et les professionnels de santé devront jongler entre les deux. Deuxièmement, la sécurité des données pédiatriques sensibles (TND suspectés, troubles psychiques, dépistages) devient un enjeu majeur : un adolescent atteindra sa majorité avec un dossier numérique complet consultable, alors que son consentement n’aura jamais été demandé pour sa petite enfance.

Mon Espace Santé prévoit des règles de partage de profil entre les deux représentants légaux et le mineur à partir d’un certain âge, mais la pédagogie autour de ces règles reste embryonnaire dans les documents remis aux familles. Les parents qui souhaitent garder la main doivent activer le profil enfant dès la naissance, surveiller régulièrement les documents déposés et signaler toute erreur via la messagerie sécurisée intégrée.

Le calendrier des 20 examens obligatoires de l’enfant, remis à plat en 2026

Les 20 examens obligatoires de l’enfant jusqu’à 16 ans sont la colonne vertébrale de la prévention pédiatrique française, et leur répartition a été revue avec l’arrivée de l’examen des 6 ans. Ces 20 consultations sont prises en charge à 100 % par l’Assurance Maladie en tiers payant, sans avance de frais, et concernent tous les enfants quelle que soit la situation familiale.

Le calendrier distribue ces examens sur toute l’enfance et l’adolescence, avec une forte concentration sur les premières années : neuf examens entre la naissance et l’âge de 1 an, puis une densité qui décroît. Trois rendez-vous obligatoires sont prévus entre 3 et 5 ans, cinq examens entre 6 et 18 ans. La cotation COE (Consultation Obligatoire de l’Enfant), instaurée par la convention médicale de 2016, facture ces consultations selon quatre codes différents en fonction de l’âge et du mode de prise en charge (risque maternité jusqu’à 12 jours puis risque maladie).

Le contenu de chaque examen est détaillé dans le carnet de santé de l’enfant, édition 2025, et reprend toujours six volets fondamentaux. La surveillance de la croissance staturo-pondérale, avec le suivi du poids, de la taille et du périmètre crânien jusqu’à 6 ans. La vérification du développement physique, psychoaffectif et neuro-développemental. Le dépistage des troubles sensoriels (vision, audition) et le repérage des troubles psychiques, notamment anxieux et dépressifs.

La vérification du statut vaccinal et la pratique des vaccinations obligatoires et recommandées. La promotion des comportements favorables à la santé : activité physique et sportive, alimentation, sommeil, exposition aux écrans. Le dépistage des contre-indications à la pratique sportive, en particulier pour les certificats scolaires. À partir de 6 ans, d’autres dépistages s’ajoutent : durée d’exposition aux écrans, adaptation à la vie scolaire, durée hebdomadaire d’activité physique, troubles « dys », développement pubertaire, signes de mal-être, harcèlement scolaire. Chaque examen génère une trace écrite dans le carnet de santé et peut également être consigné dans le dossier médical partagé de l’enfant.

La concentration des dépistages avant 6 ans s’explique par la plasticité cérébrale : entre 0 et 3 ans, le cerveau de l’enfant crée et élimine des connexions neuronales à un rythme extrêmement rapide, ce qui en fait la période la plus sensible à l’environnement.

C’est aussi pour cette raison que la HAS recommande de rechercher des signes d’appel de TND à chaque examen médical obligatoire entre 0 et 6 ans, avec une consultation à 18 mois particulièrement attentive aux signes d’alerte de l’autisme (arrêt ou régression du développement du langage et de la communication). Toute inquiétude parentale, quel que soit l’âge, doit être considérée comme un signe d’appel. Pour les enfants nés prématurément (moins de 37 semaines d’aménorrhée), les signes d’appel sont interprétés par rapport à l’âge corrigé jusqu’aux 2 ans de l’enfant.

Ces subtilités cliniques sont rarement expliquées en détail aux parents, qui repartent de consultation avec la sensation que « tout va bien » sans savoir que certaines fenêtres temporelles sont critiques.

Ce que les PMI et médecins généralistes ne disent pas aux parents pressés

Les nouvelles normes de santé 2026 ne valent que si les parents savent les activer, et c’est précisément là que la communication institutionnelle reste insuffisante.

La visite des 6 ans ne remplace pas la visite médicale scolaire de la médecine de l’Éducation nationale, et les deux examens n’ont pas le même contenu – certaines familles les confondent, pensent qu’une seule suffit et laissent passer la consultation de dépistage neurodéveloppemental. Le bilan neuropsychologique n’est remboursé à 100 % qu’en structure publique ou via une PCO sur prescription médicale, et les familles qui payent 600 € en libéral sans demander au médecin traitant une orientation PCO perdent un droit auquel elles avaient accès.

Le carnet de maternité ne se demande pas, il est remis automatiquement par le conseil départemental, mais des retards existent et certaines femmes reçoivent leur carnet au quatrième ou cinquième mois, ce qui les prive des informations de prévention du premier trimestre.

Les QR codes du nouveau carnet supposent un smartphone fonctionnel, ce qui rend le support partiellement inopérant pour les publics les plus précaires – ceux-là mêmes que la politique de prévention cible en priorité. Les parents qui veulent réellement s’approprier ces outils doivent lire le carnet du début à la fin, ce qui prend plusieurs heures et n’est pas le réflexe majoritaire.

L’appui des sages-femmes libérales, des professionnels de PMI et des associations d’usagers reste le meilleur garde-fou pour que les réformes de 2026 ne restent pas lettre morte sur les étagères des services administratifs.

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Questions fréquentes

Quand reçoit-on le nouveau carnet de maternité en 2026 ?

Le nouveau carnet de maternité est remis gratuitement par le conseil départemental lors du premier examen prénatal, qui doit avoir lieu avant la fin du troisième mois de grossesse. Depuis le 1er mars 2026, toutes les femmes enceintes reçoivent le modèle refondu par l'arrêté du 19 décembre 2025. En cas de retard de remise, contacter directement la PMI du département permet généralement de débloquer la situation.

L'examen médical des 6 ans est-il vraiment obligatoire ?

Oui, l'examen des 6 ans est devenu l'un des 20 examens médicaux obligatoires de l'enfant, pris en charge à 100 % par l'Assurance Maladie en tiers payant. Il doit avoir lieu idéalement au cours du deuxième trimestre de l'année scolaire du CP. Il se distingue de la visite médicale scolaire et ne peut pas être remplacé par celle-ci.

Qui peut réaliser l'examen des 6 ans de mon enfant ?

Le médecin traitant (généraliste ou pédiatre), un médecin de Protection Maternelle et Infantile (PMI) ou un médecin scolaire peuvent réaliser l'examen obligatoire des 6 ans. Le résultat est consigné dans le carnet de santé de l'enfant et peut être versé dans le dossier médical partagé. Le tarif de la consultation obligatoire de l'enfant (COE) est de 54 € depuis fin 2024.

Le bilan neuropsychologique est-il remboursé par la Sécurité sociale en 2026 ?

Le bilan neuropsychologique est remboursé à 100 % uniquement s'il est réalisé dans un CAMSP, CMP, CMPP ou un service hospitalier. En cabinet libéral, aucun remboursement classique de l'Assurance Maladie n'est prévu, sauf accords locaux exceptionnels. La Plateforme de Coordination et d'Orientation (PCO) peut financer le bilan en libéral via le forfait d'intervention précoce, sur prescription médicale, pour les enfants de 0 à 12 ans présentant des signes de TND.

Que contient vraiment le nouveau carnet de maternité 2026 ?

Le nouveau carnet est organisé en cinq parties : découverte de la grossesse, bien vivre sa grossesse, accouchement et séjour à la maternité, retour à la maison et post-partum, éléments médicaux partagés entre professionnels. Il intègre des nouveautés sur les vaccinations, le diabète gestationnel, la santé environnementale, la dépression post-partum, la prévention du syndrome du bébé secoué et l'exposition aux écrans. Des QR codes renvoient vers les ressources officielles et les aides administratives.

Le carnet de santé numérique est-il obligatoire pour les enfants ?

Non, la version numérique dans Mon Espace Santé coexistera avec le carnet papier. La digitalisation du carnet de santé de l'enfant est prévue pour fin 2026. Les parents peuvent activer le profil enfant sur Mon Espace Santé dès la naissance pour centraliser les courbes de croissance, les vaccinations et les documents médicaux, mais rien ne les y oblige légalement.

Quels sont les signes de la dépression post-partum à connaître ?

Les signes incluent une tristesse persistante sans raison, une perte d'intérêt pour les activités habituelles, un sentiment de culpabilité excessive, des difficultés à créer un lien avec le bébé, des pensées intrusives et une fatigue qui ne passe pas avec le sommeil. La dépression post-partum peut toucher les deux parents. Elle se soigne avec un accompagnement médical et psychologique adapté, et les traitements sont dans la plupart des cas compatibles avec l'allaitement.

Comment prévenir le syndrome du bébé secoué ?

La règle des « 5 C » est la méthode recommandée : Calmer, Changer, Câliner, Chanter, Consulter. Les pleurs intenses entre 2 et 5 mois sont normaux et n'indiquent pas une défaillance parentale. En cas d'épuisement, poser le bébé en sécurité dans son lit et s'éloigner quelques minutes est toujours préférable à une réaction à chaud. Ne jamais secouer un nourrisson, même en jeu. En cas de doute ou de crise, appeler le 15 ou une ligne d'écoute parentale.

Les écrans sont-ils vraiment interdits aux enfants de moins de 3 ans ?

Oui, un arrêté ministériel de juillet 2025 interdit l'exposition des enfants de 0 à 3 ans aux écrans dans tous les lieux d'accueil du jeune enfant (crèches, assistantes maternelles agréées, micro-crèches). À domicile, la recommandation du Haut Conseil de la Santé Publique est de ne pas exposer les enfants de moins de 3 ans aux écrans et d'interdire les écrans 3D avant 5 ans. Pas d'écran dans la chambre, pas d'écran une heure avant le coucher, pas d'écran pendant les repas.

Sources

- Arrêté du 19 décembre 2025 relatif au modèle du carnet de grossesse appelé « carnet de maternité », Journal officiel, 24 décembre 2025
- Avis du Haut Conseil de la Santé Publique du 21 juin 2024 sur la refonte du calendrier des examens obligatoires de l'enfant
- Haute Autorité de Santé - Recommandations sur les troubles du neurodéveloppement : repérage et orientation des enfants à risque entre 0 et 7 ans
- Haute Autorité de Santé - Recommandations pour la pratique clinique sur le syndrome du bébé secoué ou traumatisme crânien non accidentel par secouement (juillet 2017, mise à jour 2026)
- Étude de l'hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP) / Inserm publiée dans JAMA Network Open, 30 août 2022, sur l'incidence du syndrome du bébé secoué pendant la pandémie de Covid-19 en région parisienne
- Rapport du Haut Conseil de la Santé Publique sur les effets de l'exposition des enfants et des jeunes aux écrans, janvier 2020 et juillet 2021
- Rapport Mouton-Benyamina, « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu », avril 2024
- Dossier de presse Mon Espace Santé - janvier 2026, Assurance Maladie et Délégation au numérique en santé
- Santé publique France - Bulletin épidémiologique hebdomadaire consacré au syndrome du bébé secoué
- Code de la santé publique, articles R2132-1 à R2132-3 relatifs aux examens obligatoires de l'enfant