Alimentation

Carences silencieuses, aliments ultratransformés, diversification mal gérée : l’alimentation de votre enfant cache des risques que peu de parents connaissent vraiment.

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L’alimentation de l’enfant est l’un des déterminants de santé les plus puissants qui existent – et l’un des plus négligés par les familles françaises.

Pourtant, les chiffres sont alarmants : selon l’UNICEF France, 22,8 % des enfants de 6 à 18 ans déclarent ne pas consommer trois repas par jour, et près d’un enfant sur cinq en France est en situation de surpoids ou d’obésité.

Dans le même temps, les carences en fer, en vitamine D et en acides gras essentiels restent des réalités documentées à chaque âge de l’enfance, du nourrisson à l’adolescent. Ce double paradoxe – trop de calories, pas assez de nutriments – est au cœur des enjeux nutritionnels de la jeunesse française.

L’alimentation du bébé, avec la diversification alimentaire et ses nouvelles recommandations qui ont radicalement changé ces dernières années, dépasse déjà ce que la plupart des parents croient savoir.

L’alimentation de l’enfant à l’âge scolaire se heurte aux aliments ultratransformés, au marketing agressif des industriels et à des habitudes de grignotage qui s’installent sans que les familles en mesurent les conséquences.

Et l’alimentation de l’adolescent, coincé entre pression des pairs, fast food et besoins nutritionnels explosifs liés à la puberté, est un terrain miné que le Programme national nutrition santé (PNNS) peine à couvrir.

Ces articles sur la nutrition des enfants ont pour ambition de poser les bases : comprendre les besoins réels à chaque âge, identifier les carences les plus fréquentes, repérer les alertes sanitaires que les institutions peinent à communiquer clairement, et savoir à partir de quand agir.

Ce que les études françaises révèlent : l’alimentation des enfants est loin des recommandations

L’alimentation réelle des enfants français et les recommandations officielles du PNNS sont deux réalités qui se croisent rarement. Santé publique France l’a reconnu publiquement lors de sa campagne d’information de septembre 2024 sur les enfants de 4 à 11 ans : les habitudes alimentaires des enfants restent significativement éloignées des repères nutritionnels du Programme national nutrition santé.

Ce constat n’est pas nouveau, mais son ampleur reste sous-estimée par les familles. Selon les données compilées par l’UNICEF France en 2024, 17 % des enfants et adolescents de 6 à 17 ans sont en situation de surpoids, et 4 % souffrent d’obésité – soit près d’un enfant sur cinq concerné par une surcharge pondérale.

Dans le même temps, 22,8 % des enfants de 6 à 18 ans déclarent ne pas consommer trois repas par jour, un chiffre révélé par la Consultation nationale menée par l’UNICEF France auprès de 20 000 enfants entre 2023 et 2024. Cette précarité alimentaire, aggravée par l’inflation, touche des familles qui croient parfois bien faire en nourrissant leurs enfants à satiété – sans réaliser que calories ne signifie pas nutriments. Le paradoxe français est cruel : des enfants en surpoids peuvent simultanément souffrir de carences en micronutriments essentiels.

La dernière étude nationale sur les consommations alimentaires (INCA, conduite par l’ANSES) a montré que les apports en énergie et en protéines sont généralement trop élevés chez les enfants français, tandis que les apports en fer, vitamine D et acides gras polyinsaturés restent insuffisants.

La prise de conscience est lente. Le 5ème Programme national nutrition santé (PNNS 5), lancé officiellement en 2025 pour couvrir la période 2026-2030 et présidé par Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’Inserm, s’est fixé un objectif ambitieux : faire de la prévention du surpoids et de l’obésité chez l’enfant une grande cause nationale d’ici 2030, avec un objectif de réduction de 30 % de la prévalence du surpoids chez les enfants issus de familles défavorisées.

L’enjeu est là : combler l’écart entre ce que savent les scientifiques et ce que font réellement les parents.

Du lait au solide : la diversification alimentaire bouleversée par la science

Les recommandations sur la diversification alimentaire du bébé ont radicalement changé depuis dix ans, et beaucoup de parents appliquent encore des consignes obsolètes.

L’âge de début de la diversification se situe entre 4 et 6 mois révolus selon la Haute Autorité de Santé, la Société Française de Pédiatrie et l’OMS – cette fenêtre étant désignée comme une période de tolérance immunologique particulièrement favorable. Avant 4 mois, le système digestif et immunitaire du nourrisson est encore trop immature pour recevoir des aliments solides ; leur introduction prématurée peut provoquer des troubles digestifs et n’apporte aucun bénéfice nutritionnel.

À l’inverse, attendre au-delà de 6 mois expose l’enfant à des carences précoces en fer et en énergie, et rend l’acceptation de nouvelles textures parfois plus difficile.

L’enquête Nutri-Bébé 2022, menée tous les huit ans par le Secteur Français des Aliments de l’Enfance (SFAE) auprès de nourrissons de 15 jours à 3 ans, révèle que l’âge moyen de la diversification a reculé : il est passé de 5,4 mois en 2013 à 5,9 mois en 2022. Environ un enfant sur dix commence encore la diversification en dehors de la fenêtre recommandée.

Mais c’est sur la question des allergènes que le changement est le plus brutal. Pendant des décennies, il était conseillé de retarder l’introduction des aliments réputés allergènes – œuf, poisson, arachide, gluten. Les données scientifiques récentes ont invalidé cette approche.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a tranché en 2020 dans son avis sur les repères alimentaires des 0-36 mois : introduire les allergènes majeurs le plus tôt possible, dès le début de la diversification, réduit le risque de développer une allergie – même pour les enfants à risque. L’allergie alimentaire touche environ 6 % des enfants en France (Société Française d’Allergologie, 2021), et sa prévalence augmente.

La fenêtre de tolérance immunologique entre 4 et 6 mois n’est pas un détail : c’est une opportunité biologique à ne pas manquer. L’enquête Nutri-Bébé 2022 pointe par ailleurs une tendance positive : le recours aux aliments faits maison progresse, avec une majorité de parents qui préparent des légumes cuisinés maison pour leurs bébés.

Le message des spécialistes est clair – les aliments spécifiques bébé restent soumis à des normes strictes sur les pesticides, métaux lourds et contaminants, ce qui justifie leur usage, surtout pour les très jeunes nourrissons dont la tolérance aux polluants est moindre.

Fer, vitamine D, oméga-3 : les carences silencieuses que votre pédiatre sous-détecte

La carence en fer est la carence nutritionnelle la plus répandue chez l’enfant et l’adolescent dans le monde – et la France n’y échappe pas. Selon des données compilées par la revue Réalités Pédiatriques, seuls 6 enfants sur 10 atteignent un niveau normal de réserves en fer en France, tous sexes et âges confondus.

Plus de 12 % présentent des déplétions de réserves en fer, 25 % ont des réserves faibles, et la prévalence de l’anémie ferriprive dépasse 10 % chez les filles de 6 à 17 ans – une donnée particulièrement préoccupante à l’adolescence, période où les besoins en fer explosent.

La carence en fer ne se limite pas à la fatigue : elle affecte le développement cognitif, le langage, la motricité, et fragilise le système immunitaire.

Chez le bébé, le stock de fer constitué par voie placentaire couvre les besoins des 4 à 6 premiers mois – mais après cette période, le lait maternel seul ne suffit plus à couvrir les besoins croissants en fer, et la diversification alimentaire doit prendre le relai.

La vitamine D présente un profil de carence tout aussi alarmant. Un consensus français en faveur de la supplémentation de tous les enfants de 0 à 18 ans a été publié en 2023 par des néphrologues pédiatres – car jusqu’à 42 % des adolescents européens présentent un statut vitaminique D inférieur aux seuils recommandés.

Une étude transversale menée au CHU de Rouen entre avril et 2023 révèle que 30,9 % des enfants consultant en pédiatrie n’avaient reçu aucune supplémentation en vitamine D depuis au moins un an – malgré des consultations régulières chez leur médecin.

Et 50 % des parents interrogés signalaient des apports calciques insuffisants chez leurs enfants, en particulier chez les adolescents. Les acides gras polyinsaturés à longues chaînes – DHA notamment – complètent ce trio de carences documentées.

L’ANSES et le Haut Conseil de la santé publique identifient ces trois nutriments (fer, vitamine D, DHA) comme les déficiences prioritaires à cibler chez les nourrissons, les jeunes enfants et les adolescents.

Le message retenu par trop peu de familles : une alimentation variée et équilibrée en apparence ne garantit pas la couverture de ces besoins spécifiques.

De 3 à 10 ans : quand les industriels construisent le palais gustatif de votre enfant

Entre 3 et 10 ans, le palais gustatif de l’enfant est encore plastique, c’est-à-dire façonnable.

C’est précisément à cette fenêtre que l’industrie agroalimentaire déploie ses stratégies de fidélisation les plus efficaces.

Les emballages colorés, les céréales du matin chargées de sucre, les yaourts aux arômes artificiels de fruits et les gâteaux industriels présentés comme des en-cas nutritionnels : tout est conçu pour créer des préférences durables dès le plus jeune âge.

Le sucre est la première arme. L’ANSES et le PNNS recommandent de limiter fortement les produits sucrés chez les enfants, mais les données de consommation réelle montrent un dépassement systématique des seuils.

Un enfant de 6 ans qui consomme quotidiennement des céréales sucrées au petit déjeuner, un jus de fruit industriel à la récréation et un goûter emballé à 16h a probablement déjà dépassé sa ration journalière de sucres libres recommandée par l’OMS – avant même le dîner.

L’ANSES pointe également les disparités socioéconomiques dans l’alimentation des enfants : les enfants de milieux défavorisés consomment moins de fruits et légumes et davantage de boissons sucrées que les autres, creusant des inégalités nutritionnelles dès l’école primaire.

La structuration des repas joue un rôle fondamental que les spécialistes s’accordent à défendre. Quatre repas par jour – petit déjeuner, déjeuner, goûter, dîner – avec des horaires réguliers, permettent de cadrer la faim et d’éviter les grignotages anarchiques qui déstructurent l’appétit aux repas principaux.

Une étude canadienne menée à l’Université McGill a montré que les enfants qui sautent régulièrement le petit déjeuner présentent des performances cognitives inférieures en début de matinée, avec un impact mesurable sur la concentration et les apprentissages.

Apprendre à manger à cet âge, c’est aussi apprendre à reconnaître la satiété, à goûter sans forcer, et à découvrir des textures et des saveurs nouvelles.

Les parents qui forcent les enfants à finir leur assiette ou qui utilisent la nourriture comme récompense construisent, souvent sans le savoir, des relations émotionnelles problématiques avec l’alimentation qui peuvent persister jusqu’à l’âge adulte.

Aliments ultratransformés : le dossier que les lobbies alimentaires ne voulaient pas voir publié

Les aliments ultratransformés représentent environ 35 % des apports caloriques en France selon l’Inserm – et cette proportion monte à 60 % aux États-Unis.

En novembre 2025, une série de trois articles coordonnés par 43 experts mondiaux et publiés dans The Lancet a acté ce que la chercheuse Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et coordinatrice de la cohorte NutriNet-Santé, défend depuis 2018 : une alimentation riche en produits ultratransformés est associée à un risque accru de maladies chroniques – cancers, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, obésité.

Les auteurs appellent désormais à des politiques coordonnées à l’échelle internationale pour réduire l’exposition des populations. La définition précise des aliments ultratransformés reste débattue scientifiquement – l’ANSES le reconnaît dans son expertise publiée sur le sujet. Mais les signaux d’alerte s’accumulent.

Des additifs alimentaires comme les émulsifiants, le dioxyde de titane (désormais suspendu en France) ou les nitrites (dont le caractère cancérigène a été reconnu) se retrouvent quotidiennement dans les assiettes des enfants via les produits industriels.

Mathilde Touvier pointe un effet cocktail potentiel de l’exposition simultanée à de multiples additifs, un mécanisme encore mal quantifié mais préoccupant. Pour les enfants, l’enjeu est particulièrement aigu. Leur exposition aux aliments ultratransformés commence tôt – parfois dès la fin de la première année de vie, lorsque les parents basculent vers l’alimentation familiale.

L’enquête Nutri-Bébé 2022 constate qu’après un an, plus de 80 % des enfants consomment des laitages ou biscuits non spécifiques bébé, pas toujours adaptés à leurs besoins. L’INRAE souligne que les aliments ultratransformés représentent entre 25 et 60 % des apports énergétiques journaliers en Europe selon les pays.

La recommandation de Mathilde Touvier, traduite en termes pratiques pour les enfants, est sans ambiguïté : les boissons sucrées, les friandises, les céréales de petit déjeuner industrielles et les gâteaux emballés doivent être réservés à des occasions exceptionnelles – pas constituer le quotidien nutritionnel de l’enfance.

L’adolescent à table : une biologie qui explose, une alimentation qui s’effondre

L’adolescence est la période de la vie où les besoins nutritionnels atteignent leur pic absolu – et où les comportements alimentaires sont les plus désorganisés.

La puberté déclenche une phase de croissance intense, comparable dans sa vitesse à la première année de vie. Les besoins en calcium, en fer, en zinc, en protéines et en énergie augmentent fortement.

Un adolescent de 14 ans en pleine poussée de croissance peut avoir des besoins caloriques supérieurs à ceux d’un adulte sédentaire.

Pourtant, c’est précisément à cet âge que les repas structurés disparaissent, que le petit déjeuner est sauté, que le grignotage remplace les repas, et que la pression des pairs oriente les choix alimentaires vers le fast food, les boissons énergisantes et les snacks industriels.

Ameli.fr et le PNNS identifient les adolescents comme un groupe à risque nutritionnel spécifique, dont les habitudes alimentaires s’éloignent significativement des repères de santé. La carence en fer chez les adolescentes est particulièrement préoccupante : les règles entraînent des pertes supplémentaires dans un organisme déjà sous pression de croissance, et l’alimentation pauvre en viande rouge, abats ou légumineuses ne compense pas.

Plus de 10 % des filles de 6 à 17 ans souffrent d’anémie ferriprive selon les données épidémiologiques françaises. Chez les garçons, c’est l’excès de protéines associé à une pratique sportive intensive, parfois accompagné de compléments alimentaires non encadrés médicalement, qui soulève des questions de sécurité.

Les adolescents connaissent les recommandations nutritionnelles du PNNS, selon des études de l’INRA – mais les connaître et les appliquer sont deux réalités radicalement différentes.

La pression sociale, les réseaux sociaux qui valorisent certains régimes restrictifs ou au contraire certains modèles de consommation, et l’autonomie alimentaire croissante éloignent les ados du cadre familial. Les parents qui pensent que leur adolescent mange raisonnablement parce qu’il ne se plaint pas ont souvent tort.

Alertes sanitaires : scorbut de retour, régimes vegan, allergies en hausse – ce qui change vraiment

Trois alertes sanitaires liées à l’alimentation des enfants méritent l’attention des parents en France, loin du bruit médiatique ordinaire.

La première est spectaculaire : le scorbut, maladie de la carence en vitamine C que l’on croyait appartenir au passé, est officiellement de retour en France.

Un article publié dans The Lancet Regional Health – Europe en février 2025 a documenté 888 hospitalisations d’enfants pour scorbut en France entre janvier 2015 et novembre 2023, avec une hausse significative depuis 2020.

Ces enfants ne mangeaient pas moins en volume – ils mangeaient des aliments ultra-industriels dépourvus de vitamine C fraîche. Ce chiffre est un signal d’alarme concret sur ce que la malbouffe fait aux enfants en bonne santé apparente.

La deuxième alerte concerne les régimes végétariens et vegan appliqués aux enfants. Ces pratiques alimentaires se développent, notamment en réponse à des convictions écologiques ou éthiques des parents. La Société Française de Pédiatrie et l’ANSES ne contre-indiquent pas le végétarisme pour les enfants, à condition que le régime soit suivi et supplémenté médicalement.

En revanche, l’alimentation végétalienne (vegan) chez les nourrissons et les jeunes enfants présente des risques documentés de carences sévères en vitamine B12, fer, zinc, iode, vitamine D et acides gras DHA. Ces carences peuvent provoquer des retards de développement neurologiques irréversibles.

Un bébé élevé en mode vegan sans suivi médical rigoureux est un enfant exposé à un risque réel que les associations de promotion du végétalisme n’affichent pas en page d’accueil.

La troisième alerte est la progression des allergies alimentaires. En 2021, la prévalence des allergies alimentaires chez les enfants en France est estimée à environ 6 % par la Société Française d’Allergologie – un chiffre en augmentation, qui justifie les nouvelles recommandations sur l’introduction précoce des allergènes.

Réintroduire trop tard un allergène, sur la base d’une peur irrationnelle ou d’une information périmée, peut augmenter le risque d’allergie au lieu de le réduire.

Agir sans se noyer dans la culpabilité : ce que les parents peuvent vraiment faire

L’alimentation de l’enfant n’a pas à être parfaite pour être protectrice.

Les données de la recherche nutritionnelle montrent que les grandes tendances comptent plus que les écarts ponctuels : un enfant qui mange des fruits et légumes au quotidien, qui consomme peu de produits ultra-transformés et qui prend ses repas dans un cadre structuré et convivial bénéficie déjà d’une protection nutritionnelle solide – même s’il mange des chips à un anniversaire ou commande un hamburger en sortie scolaire.

La règle des 80-20, non officielle mais scientifiquement cohérente, s’applique ici : si 80 % des apports alimentaires sont de qualité, les 20 % d’écarts ne creusent pas de carence.

Ce qui creuse des carences, c’est l’inverse – une alimentation quotidienne dominée par les produits industriels et les aliments ultratransformés, ponctuée de quelques tentatives de rééquilibrage.

L’alimentation des enfants est aussi un enjeu de modèle parental : les enfants dont les parents mangent varié, avec des légumes à table et des repas partagés, adoptent significativement plus facilement ces habitudes.

La néophobie alimentaire – le refus des aliments nouveaux, très fréquent entre 2 et 8 ans – n’est pas un caprice : c’est un mécanisme évolutif de protection.

La réponse recommandée par les pédiatres est la présentation répétée sans forçage, pas l’abandon ni l’ultimatum.

Quand consulter ? Dès qu’un enfant présente une fatigue chronique inexpliquée, une pâleur persistante, des crampes ou des douleurs osseuses, une stagnation de la courbe de poids, ou que le régime alimentaire familial est très restrictif (vegan, régime d’exclusion non encadré).

Un bilan nutritionnel simple par le pédiatre ou le médecin traitant – avec dosage du fer, de la ferritine, de la vitamine D et idéalement un bilan lipidique – peut éviter des années de carence silencieuse.

Les articles de cette catégorie alimentation sont là pour accompagner chaque étape de la vie de votre enfant, du premier biberon au plateau-repas du lycée.

Questions fréquentes

Quand commencer la diversification alimentaire de mon bébé ?

La diversification alimentaire doit débuter entre 4 et 6 mois révolus selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, de la Société Française de Pédiatrie et de l’OMS. Avant 4 mois, l’appareil digestif du nourrisson est trop immature pour recevoir des aliments solides, ce qui peut provoquer des troubles et n’apporte aucun bénéfice nutritionnel. Attendre au-delà de 6 mois expose en revanche à des carences précoces en fer et en énergie, et peut rendre l’acceptation de nouvelles textures plus difficile. Chaque bébé étant unique, les signes de préparation à la diversification – tenir sa tête, montrer de l’intérêt pour ce que mangent les adultes – sont de bons indicateurs complémentaires.

Faut-il vraiment éviter les aliments allergènes au début de la diversification ?

Non, et c’est l’un des retournements majeurs des recommandations pédiatriques de ces dix dernières années. Il n’est plus recommandé de retarder l’introduction des allergènes alimentaires majeurs – œuf, poisson, arachide, gluten, produits laitiers. Au contraire, les données scientifiques montrent qu’une exposition précoce, dès le début de la diversification entre 4 et 6 mois, réduit le risque de développer une allergie. Cette recommandation s’applique même aux enfants ayant des antécédents familiaux d’allergie. Le Haut Conseil de la santé publique a intégré cette position dans son avis de 2020, et Santé publique France a diffusé ces nouvelles consignes auprès du grand public et des professionnels de santé.

Mon enfant est-il vraiment en carence en vitamine D si je ne lui en donne pas ?

Le risque est réel et documenté. Jusqu’à 42 % des adolescents européens présentent un statut vitaminique D insuffisant, et 13 % des adolescents français sont en carence avérée selon les données de NutriNet-Santé. En France, l’ensoleillement et les habitudes de vie (temps passé à l’intérieur, port de vêtements couvrants) rendent la synthèse cutanée de vitamine D insuffisante pour la majorité des enfants, notamment en hiver. Une étude menée au CHU de Rouen en 2023 a constaté que près de 31 % des enfants vus en consultation pédiatrique n’avaient reçu aucune supplémentation depuis plus d’un an. Un consensus français publié en 2023 recommande une supplémentation de tous les enfants de 0 à 18 ans, avec des doses ajustées selon l’âge et les facteurs de risque.

Mon enfant qui mange des produits industriels peut-il développer des carences ?

Oui, et l’exemple le plus frappant est documenté dans The Lancet Regional Health – Europe en 2025 : 888 enfants ont été hospitalisés pour scorbut en France entre 2015 et 2023, une maladie causée par une carence en vitamine C. Ces enfants ne souffraient pas de faim au sens quantitatif du terme – ils consommaient des aliments industriels ultra-transformés pauvres en vitamine C fraîche. Les aliments ultratransformés peuvent couvrir des besoins caloriques tout en laissant des déficits importants en micronutriments essentiels. L’ANSES et l’Inserm documentent depuis plusieurs années les liens entre consommation excessive d’aliments ultratransformés et risques accrus de maladies chroniques, y compris chez les enfants.

Est-il dangereux d’élever un enfant en mode végétalien (vegan) ?

Le régime végétalien appliqué à un nourrisson ou un jeune enfant sans suivi médical rigoureux comporte des risques sérieux de carences potentiellement graves. Les nutriments les plus exposés sont la vitamine B12 (absente des aliments végétaux), le fer héminique, le zinc, l’iode, le DHA et la vitamine D. Des carences en vitamine B12 non détectées peuvent provoquer des atteintes neurologiques irréversibles chez le nourrisson. La Société Française de Pédiatrie et l’ANSES ne recommandent pas le régime vegan pour les enfants en bas âge, sauf en cas de conviction forte des parents – auquel cas un suivi médical rapproché avec supplémentation adaptée est impératif. Le végétarisme bien conduit, intégrant des produits laitiers et des œufs, est mieux toléré nutritionnellement.

À partir de quel âge l’alimentation d’un adolescent doit-elle m’inquiéter ?

Un adolescent qui saute régulièrement des repas, qui se nourrit principalement de fast food, de produits sucrés et de boissons énergisantes, et qui refuse les fruits, légumes, produits laitiers et protéines variées est exposé à des carences nutritionnelles réelles – même s’il ne présente pas de signes apparents. Les signes d’alerte concrets sont : une fatigue diurne persistante, une pâleur, des difficultés de concentration, des douleurs osseuses ou musculaires, des sautes d’humeur importantes, et chez les adolescentes, des règles particulièrement abondantes associées à une alimentation pauvre en fer. Une consultation pédiatrique avec bilan nutritionnel (fer, ferritine, vitamine D) est recommandée si l’un de ces signaux apparaît.

Comment faire manger des légumes à un enfant qui refuse systématiquement ?

La néophobie alimentaire – le refus des aliments nouveaux, particulièrement des légumes – est un comportement normal et très fréquent entre 2 et 8 ans. C’est un mécanisme évolutif de protection, pas un caprice ni une opposition délibérée. La stratégie recommandée par les pédiatres et les diététiciens est la présentation répétée sans forçage : proposer l’aliment refusé régulièrement, sans pression ni ultimatum, en laissant l’enfant décider de goûter ou non. Des études ont montré qu’il peut falloir entre 10 et 15 présentations d’un aliment avant qu’un enfant l’accepte. Intégrer les légumes dans des préparations mixées ou mélangées, les proposer crus plutôt que cuits, ou associer l’enfant à la préparation du repas sont des leviers efficaces documentés.

Les boissons énergisantes sont-elles dangereuses pour les adolescents ?

Les boissons énergisantes ne sont pas adaptées aux enfants et aux adolescents, et plusieurs instances sanitaires françaises et européennes ont alerté sur leurs risques. Leur teneur élevée en caféine – parfois supérieure à une tasse de café – peut provoquer des troubles cardiovasculaires, de l’anxiété, des troubles du sommeil et une dépendance à la stimulation. Associées à l’alcool lors de soirées, elles masquent les effets de l’ivresse et augmentent le risque de comportements à risque. Le PNNS 4 prévoyait explicitement de protéger les enfants et adolescents d’une exposition aux publicités pour ces produits. La consommation régulière de boissons énergisantes chez un adolescent peut aussi perturber l’appétit, déstructurer les repas et contribuer à une dette nutritionnelle progressive.

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