Votre enfant a un compte TikTok à 12 ans : voici ce que la loi ne vous dit pas

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Depuis le 21 juillet 2026, la France est officiellement le premier pays européen à graver dans la loi une majorité numérique fixée à 15 ans.

Le texte porté par la députée Laure Miller interdit à tout mineur de moins de 15 ans d’ouvrir seul un compte sur Instagram, TikTok, Snapchat ou Facebook, sauf autorisation expresse d’un parent. Mais six jours avant cette adoption définitive, le 6 juillet 2026, la Commission européenne a jugé le projet français incompatible avec le droit européen, forçant Paris à revoir sa copie en urgence.

Ce détail, largement passé sous silence dans la couverture médiatique du texte, change tout sur ce qui sera réellement applicable à la rentrée. Pendant que les parents découvrent l’existence d’une majorité numérique, l’écart entre la loi votée et son application concrète reste immense : selon la CNIL, l’âge moyen de première inscription sur un réseau social en France se situe autour de huit ans et demi, quand 44 % des enfants utilisent déjà ces plateformes avant leurs 13 ans, selon une étude présentée par l’Arcom.

Un mécanisme de vérification d’âge par jeton anonyme, recommandé par le laboratoire d’innovation de la CNIL, doit encore être déployé à l’échelle nationale d’ici le 1er janvier 2027.

L’expérience australienne, premier pays au monde à avoir interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre 2025, offre un aperçu inquiétant de ce qui attend la France : plus de 85 % des mineurs concernés continuaient d’utiliser les plateformes visées plusieurs mois après l’entrée en vigueur de l’interdiction.

Cet article démêle ce que dit précisément la loi française, ce que Bruxelles a bloqué, comment la vérification d’âge est censée fonctionner, et ce qui, très concrètement, changera ou non dans la vie numérique des adolescents français.

Ce que dit précisément la loi sur la majorité numérique

La majorité numérique est le seuil d’âge, fixé à 15 ans par la loi française, en dessous duquel un mineur ne peut plus créer seul un compte sur un réseau social sans l’autorisation d’un parent. Ce mécanisme s’ajoute à la majorité civile fixée à 18 ans et ne concerne que l’accès aux plateformes sociales, pas l’ensemble des services numériques. Le texte définitivement adopté le 21 juillet 2026 par le Parlement, porté par la députée Renaissance Laure Miller, interdit la création de tout nouveau compte sur Instagram, TikTok, Snapchat, Facebook et X à un mineur de moins de 15 ans à partir du 1er septembre 2026.

Une phase de vérification des comptes déjà existants doit ensuite s’étendre jusqu’au 1er janvier 2027, période durant laquelle les plateformes devront identifier et suspendre les comptes de mineurs non conformes. Ce délai de plusieurs mois n’est pas un hasard : il correspond au temps nécessaire pour déployer les outils techniques de vérification d’âge, qui n’existent aujourd’hui dans aucun pays à l’échelle de millions de comptes. Entre 15 et 18 ans, un accord parental explicite reste nécessaire pour ouvrir un compte, contrairement à ce que beaucoup d’articles laissent entendre en résumant la loi à une simple interdiction en dessous de 15 ans.

L’origine de cette majorité numérique remonte en réalité à la loi du 7 juillet 2023 pour sécuriser et réguler l’espace numérique, dite loi SREN, qui avait déjà posé le principe d’un seuil de 15 ans pour le consentement autonome au traitement des données personnelles. Le texte de 2026 ne crée donc pas la notion de majorité numérique, il la muscle en la rattachant directement à l’obligation de vérification d’âge par les plateformes elles-mêmes, sous peine de sanctions. C’est ce basculement d’un principe déclaratif vers une obligation technique contraignante qui constitue la vraie nouveauté du texte Miller.

La majorité numérique est le seuil légal de 15 ans en France en dessous duquel un mineur ne peut pas ouvrir seul un compte sur un réseau social, sauf autorisation parentale explicite, et au-delà duquel il peut consentir seul au traitement de ses données personnelles. Ce concept juridique distingue la capacité numérique de la majorité civile fixée à 18 ans, une nuance que la majorité des reportages grand public omettent de préciser.

Le texte prévoit également un régime transitoire pour les adolescents qui basculent de la tranche des moins de 15 ans vers celle des 15-18 ans en cours d’application de la loi, un point technique que peu d’articles détaillent alors qu’il concerne directement les familles avec plusieurs enfants d’âges rapprochés. Un mineur qui atteint 15 ans après le 1er septembre 2026 pourra créer seul un compte dès son anniversaire, sans attendre la date butoir du 1er janvier 2027, à condition que la plateforme concernée ait déjà déployé son dispositif de vérification. Cette mécanique calendaire, croisée avec un déploiement technique encore incertain, crée un flou juridique que plusieurs associations de protection de l’enfance ont demandé au gouvernement de clarifier avant la rentrée.

Pourquoi Bruxelles a retoqué le texte français

La Commission européenne a jugé, le 6 juillet 2026, le projet de loi français sur la majorité numérique incompatible avec le droit européen, quinze jours seulement avant son adoption définitive par le Parlement. Ce désaveu n’a quasiment pas été relayé au moment où les médias français célébraient la France comme premier pays européen à instaurer une majorité numérique contraignante. Le conflit porte sur le Digital Services Act, le règlement européen qui encadre depuis 2022 la responsabilité des grandes plateformes numériques à l’échelle de l’Union.

Bruxelles redoute qu’une réglementation nationale unilatérale, comme celle envisagée par la France, fragmente le marché numérique unique européen en multipliant les règles contradictoires d’un État membre à l’autre. Si chaque pays impose ses propres critères de classification des plateformes et ses propres listes noires, l’application homogène du DSA devient techniquement impossible à garantir pour les opérateurs comme pour les régulateurs. La Commission craint en particulier le rôle central confié à l’Arcom, le régulateur français de l’audiovisuel et du numérique, dans la classification des plateformes concernées, un pouvoir qu’elle juge empiéter sur ses prérogatives de supervision européenne.

Face à ce blocage, députés et sénateurs ont dû négocier en urgence une version de compromis en commission mixte paritaire, le 20 juillet 2026, la veille même de l’adoption finale du texte. Ce compromis maintient l’interdiction générale en dessous de 15 ans mais restreint la portée des obligations nationales directement imposables aux plateformes, afin d’éviter un contentieux frontal avec le droit européen. Concrètement, cela signifie que la France applique un texte dont la solidité juridique face au droit communautaire reste incertaine, un point que la Quadrature du Net et plusieurs juristes spécialisés en droit du numérique ont publiquement souligné dès l’adoption du texte.

Cette tension entre souveraineté nationale et cadre européen n’est pas anecdotique : elle détermine directement si les sanctions prévues par la loi française pourront réellement être appliquées à des plateformes basées hors de France, ou si Bruxelles pourra les contester devant la Cour de justice de l’Union européenne. Un parent qui pense que la loi de 2026 réglera immédiatement l’accès de son adolescent aux réseaux sociaux ignore souvent cette bataille juridique encore en cours entre Paris et Bruxelles.

Ce type de friction entre législation nationale et cadre européen n’est pas inédit. L’Allemagne et l’Espagne avaient elles aussi exploré des pistes de régulation nationale de l’accès des mineurs aux réseaux sociaux ces dernières années, avant de se heurter à des objections similaires de la Commission concernant la cohérence du marché unique numérique. La France se distingue toutefois par le fait d’avoir maintenu son calendrier d’adoption malgré l’avis défavorable de Bruxelles, un choix politique assumé par le gouvernement qui préfère un texte fragile juridiquement mais visible électoralement à un report sine die du dossier.

Comment les plateformes devront vérifier l’âge des utilisateurs

La vérification d’âge par jeton anonyme est le mécanisme technique recommandé par la CNIL pour attester qu’un utilisateur a l’âge requis sans révéler son identité à la plateforme ni son activité en ligne à l’organisme vérificateur. Ce système repose sur un tiers de confiance qui délivre un certificat numérique confirmant la majorité de l’utilisateur, sans jamais savoir quel service en a fait la demande. L’objectif affiché est d’éviter que les réseaux sociaux ne collectent des pièces d’identité ou des données biométriques sensibles au seul motif de vérifier un âge.

Le laboratoire d’innovation numérique de la CNIL, appelé LINC, ainsi que le Pôle d’expertise de la régulation numérique, le PEReN, ont conjointement recommandé une solution dite à double anonymat. Concrètement, ce mécanisme empêche à la fois le tiers vérificateur de savoir quel site a demandé la vérification, et le site demandeur de recevoir des données d’identification sur l’utilisateur. Trois méthodes techniques sont aujourd’hui envisagées en parallèle : la vérification par pièce d’identité couplée à un selfie, l’estimation algorithmique de l’âge à partir de traits du visage sans transmission de document, ou ce fameux jeton anonymisé délivré par un tiers de confiance.

Ces trois approches présentent chacune des failles documentées par les experts en cybersécurité et en protection des données. La vérification par pièce d’identité expose à des fuites de documents sensibles en cas de piratage du prestataire tiers. L’estimation algorithmique de l’âge par intelligence artificielle affiche des marges d’erreur significatives, en particulier autour de la frontière des 13 à 16 ans, la tranche précisément visée par la loi. Le jeton anonyme, solution privilégiée par la CNIL pour des raisons de protection de la vie privée, n’a encore jamais été déployé à l’échelle de plusieurs millions d’utilisateurs simultanés, ce qui laisse planer une incertitude opérationnelle majeure sur sa capacité à tenir la charge d’ici le 1er janvier 2027.

Le référentiel technique que les plateformes devront respecter est en cours d’élaboration par l’Arcom, en consultation avec la CNIL, mais n’était toujours pas finalisé au moment de l’adoption de la loi en juillet 2026. Autrement dit, les plateformes concernées, Instagram, TikTok, Snapchat, Facebook et X en tête, doivent se préparer à appliquer un dispositif de vérification dont les spécifications précises n’étaient pas encore arrêtées à quelques semaines de l’entrée en vigueur théorique du texte.

L’écart entre la loi et la réalité des usages

L’écart entre le seuil légal de 15 ans et l’âge réel de première inscription sur un réseau social illustre à lui seul la difficulté d’application de cette loi. Selon les données publiées par la CNIL, l’âge moyen de première inscription sur un réseau social en France se situe autour de huit ans et demi, soit près de sept ans avant le seuil fixé par le législateur. Ce chiffre confirme que l’essentiel de l’exposition précoce aux réseaux sociaux se joue très en amont de l’âge que la loi cherche désormais à réguler.

Une étude présentée par l’Arcom, le régulateur français de l’audiovisuel et du numérique, établit que près d’un enfant sur deux, soit 44 %, utilise déjà les réseaux sociaux avant l’âge de 13 ans, alors même que les conditions générales d’utilisation de TikTok, Instagram et Snapchat fixent officiellement ce seuil comme âge minimum depuis leur création. Cette contradiction entre les règles déjà en vigueur et les usages réels démontre qu’un nouveau texte de loi, aussi ambitieux soit-il, ne suffit pas à lui seul à modifier des comportements ancrés depuis l’enfance. Le Baromètre du numérique 2025 publié par l’Arcep apporte un éclairage complémentaire sur le rôle des parents dans cette équation : 63 % d’entre eux déclarent intervenir sur l’utilisation générale des écrans de leurs enfants, 57 % régulent spécifiquement le temps passé sur Internet, mais seule une minorité vérifie activement l’âge déclaré lors de l’inscription à un service en ligne.

L’âge moyen d’obtention du premier smartphone personnel en France atteint désormais 11 ans et 4 mois, selon une étude relayée par franceinfo, un âge qui précède de plusieurs années le seuil légal des 15 ans désormais fixé pour l’inscription autonome sur les réseaux sociaux. Cette avance de l’équipement numérique sur la régulation légale crée une fenêtre de plusieurs années, entre 8 et 15 ans, durant laquelle un enfant possède déjà les moyens techniques de s’inscrire sur une plateforme sans que le cadre légal ne s’applique concrètement à lui, faute de contrôle systématique lors de la création du compte. C’est précisément cette fenêtre que la loi de 2026 tente de refermer, avec un succès qui reste entièrement conditionné à l’efficacité du futur système de vérification d’âge.

Cet écart générationnel entre équipement précoce et régulation tardive n’est pas propre à la France. Le Better Internet for Kids, programme de la Commission européenne dédié à la sécurité numérique des mineurs, observe des tendances similaires dans plusieurs pays de l’Union, où l’âge d’équipement en smartphone personnel continue de baisser chaque année alors que les seuils légaux d’inscription, eux, restent globalement stables depuis une décennie. Ce décalage structurel explique en partie pourquoi les associations de parents d’élèves plaident depuis plusieurs années pour une action combinée, mêlant régulation légale, contrôle parental technique et éducation aux usages numériques dès l’école primaire, plutôt qu’un seul levier isolé.

Ce que l’échec partiel de l’Australie révèle sur l’efficacité de ces lois

L’Australie est devenue en décembre 2025 le premier pays au monde à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, un seuil supérieur d’un an à celui retenu par la France, avec un dispositif de contrôle présenté à l’époque comme un modèle pour l’Europe. Le trafic des moins de 16 ans sur les plateformes concernées avait effectivement chuté dès l’entrée en vigueur de la loi, le 10 décembre 2025, laissant espérer une application efficace du texte. Cette embellie initiale n’a toutefois pas résisté à l’épreuve du temps.

Selon les données de l’application de contrôle parental Qustodio, relayées par plusieurs médias en 2026, le trafic des adolescents australiens sur les réseaux sociaux est ensuite remonté, dépassant parfois son niveau d’avant l’interdiction. À titre d’exemple concret, 11,36 % des enfants âgés de 10 à 12 ans utilisaient TikTok en juillet 2026, contre 10,73 % en novembre 2025, soit une hausse plutôt qu’une baisse un an et demi après l’entrée en vigueur du texte. Plus de 85 % des mineurs concernés par l’interdiction continuaient, selon des documents gouvernementaux australiens, à utiliser des plateformes officiellement soumises aux restrictions, révélant l’ampleur du contournement du dispositif.

Les plaintes pour cyberharcèlement en Australie ont par ailleurs augmenté de 26 % entre janvier 2025 et janvier 2026, une hausse qui interroge directement l’efficacité protectrice réelle de l’interdiction, censée précisément limiter l’exposition des mineurs aux risques en ligne. Les chercheurs australiens pointent une faille technique centrale : les plateformes n’auraient pas systématiquement déclenché d’étape de vérification supplémentaire, même lorsqu’un compte déclarait un âge de 16 ans tout juste au-dessus du seuil légal, laissant la porte ouverte à de simples fausses déclarations d’âge lors de l’inscription.

Ce précédent australien constitue un signal d’alerte direct pour la France, qui s’apprête à déployer un dispositif reposant sur des principes technologiques comparables, sans que le référentiel technique de vérification ne soit encore finalisé à l’été 2026. Si un pays disposant d’un an d’avance sur la mise en œuvre concrète de sa loi affiche un taux de contournement supérieur à 85 %, rien ne garantit à ce stade que le jeton anonyme français échappera au même écueil, en particulier tant que son déploiement à grande échelle n’a pas été testé.

Les sanctions prévues sont-elles vraiment dissuasives ?

Le régime de sanctions prévu par la loi française cible directement les fournisseurs de réseaux sociaux qui ne mettraient pas en place les solutions techniques de vérification d’âge exigées par la loi. La sanction financière peut atteindre jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires mondial de la plateforme concernée sur l’exercice précédent, un montant qui, pour des groupes comme Meta ou ByteDance, représente potentiellement plusieurs centaines de millions d’euros. Sur le papier, ce seuil paraît dissuasif face à des entreprises technologiques dont les profits se comptent en dizaines de milliards de dollars par an.

La procédure de mise en conformité prévue par la loi suit toutefois un parcours qui laisse un délai conséquent aux plateformes avant toute sanction effective. En cas de non-conformité constatée, le président de l’Arcom adresse d’abord une mise en demeure à la plateforme, lui laissant quinze jours pour se mettre en conformité avec les exigences légales. Ce n’est qu’à l’issue de ce délai, et en l’absence de correction, que l’Arcom peut saisir la justice pour contraindre la plateforme à déployer une solution technique conforme, une procédure judiciaire qui peut elle-même s’étaler sur plusieurs mois avant d’aboutir à une décision exécutoire.

Cette architecture procédurale, classique en droit administratif français, signifie concrètement qu’une plateforme prise en défaut dispose d’un délai confortable avant toute conséquence financière réelle, un décalage temporel qui contraste avec l’urgence affichée par le calendrier de la loi elle-même. L’incertitude juridique liée au désaveu de la Commission européenne, évoquée plus haut, ajoute une couche supplémentaire de complexité : une plateforme sanctionnée par l’Arcom pourrait, en théorie, contester cette sanction en invoquant l’incompatibilité du dispositif français avec le Digital Services Act, ouvrant la voie à un contentieux devant les juridictions européennes.

Sans jurisprudence établie et sans précédent d’application effective à ce stade, il est aujourd’hui impossible d’affirmer avec certitude que ce régime de sanctions produira l’effet dissuasif recherché par le législateur. L’expérience australienne, là encore, invite à la prudence : malgré un cadre de sanctions comparable, le taux de contournement de l’interdiction y dépasse 85 % dix-huit mois après son entrée en vigueur, ce qui suggère que la sévérité théorique d’une sanction ne garantit en rien son application concrète et systématique.

Un autre angle mort du dispositif de sanctions concerne les plus petites plateformes et les réseaux sociaux émergents, qui échappent souvent à l’attention médiatique concentrée sur Meta, TikTok ou Snapchat. Des applications de messagerie sociale ou de partage vidéo moins connues du grand public, mais très fréquentées par les préadolescents, ne disposent ni des moyens financiers ni des équipes juridiques des géants du secteur pour déployer rapidement un dispositif de vérification d’âge conforme au référentiel de l’Arcom. Le risque, identifié par plusieurs observateurs du secteur, est que la régulation se concentre sur les plateformes les plus visibles pendant que l’attention des adolescents se déplace vers des services moins surveillés, reproduisant à une autre échelle le phénomène de contournement déjà observé en Australie.

Votre enfant a déjà un compte : que pouvez-vous faire dès maintenant ?

Un parent qui découvre qu’un enfant de moins de 15 ans s’est inscrit seul sur un réseau social dispose déjà, avant même l’entrée en vigueur complète du dispositif de vérification, de leviers juridiques concrets pour agir. La CNIL peut être saisie directement par un parent pour demander la fermeture d’un compte ouvert sans le consentement parental requis, ainsi que l’effacement des données personnelles collectées par la plateforme depuis la création de ce compte. Cette démarche s’appuie sur l’article 45 de la loi Informatique et Libertés, qui fixe déjà à 15 ans le seuil de consentement autonome au traitement des données personnelles, indépendamment de la loi de 2026 sur les réseaux sociaux proprement dite.

La procédure consiste à contacter directement le service de protection des données de la plateforme concernée pour demander la suppression du compte au titre du défaut de consentement parental, puis, en cas d’absence de réponse ou de refus, à saisir la CNIL via son formulaire de plainte en ligne. Un avocat spécialisé en droit du numérique, cité par plusieurs analyses juridiques publiées en septembre 2026, recommande de conserver des captures d’écran datées du profil de l’enfant avant toute démarche de suppression, afin de disposer d’une preuve en cas de contestation ultérieure par la plateforme.

Au-delà de la démarche de suppression pure, les parents peuvent également activer, dès aujourd’hui, les outils de contrôle parental proposés nativement par les systèmes d’exploitation des smartphones, qui permettent de limiter l’installation d’applications de réseaux sociaux en dessous d’un âge défini par le parent lui-même. Ces outils, disponibles sur iOS comme sur Android, ne remplacent pas la vérification d’âge côté plateforme mais offrent une couche de protection immédiatement opérationnelle, sans attendre la finalisation du référentiel technique de l’Arcom prévue pour le 1er janvier 2027.

Enfin, le dialogue reste l’outil le plus documenté par les études sur la prévention des usages à risque chez les mineurs. Selon le Baromètre du numérique 2025 de l’Arcep, 63 % des parents interviennent déjà sur l’utilisation générale des écrans de leurs enfants, un chiffre qui montre qu’une part significative des familles françaises agit sans attendre la pleine application de la loi. Cette implication parentale directe reste, selon plusieurs spécialistes de la protection de l’enfance en ligne, un facteur de protection plus fiable à court terme que le seul dispositif légal, tant que celui-ci n’est pas techniquement opérationnel.

Certaines associations de parents recommandent également de profiter de la période de transition actuelle pour établir, en famille, une forme de contrat d’usage numérique fixant des règles claires sur les horaires de connexion, les applications autorisées et les modalités de contrôle exercées par les parents. Ce type de démarche contractuelle, documentée par plusieurs travaux en psychologie de l’enfant, présenterait l’avantage de responsabiliser l’adolescent plutôt que de se limiter à une interdiction technique perçue comme arbitraire, un facteur qui, selon certains chercheurs, réduirait les comportements de contournement observés en Australie.

Ce qui va réellement changer dans les prochains mois

La rentrée de septembre 2026 marque le début théorique de l’interdiction de création de nouveaux comptes pour les moins de 15 ans, mais le véritable test de la loi se jouera entre cette date et le 1er janvier 2027, période durant laquelle les comptes existants devront être identifiés et traités. C’est durant cette fenêtre que l’on saura si le référentiel technique de l’Arcom, encore inachevé au moment de l’adoption du texte, permet réellement de déployer un dispositif de vérification d’âge fiable à l’échelle de plusieurs millions de comptes. Le précédent australien de 2025-2026, avec son taux de contournement supérieur à 85 % dix-huit mois après l’entrée en vigueur d’une loi comparable, doit inciter à une lecture prudente des annonces officielles françaises.

Le contentieux latent avec la Commission européenne sur la compatibilité du texte avec le Digital Services Act n’est par ailleurs pas définitivement clos par le compromis trouvé en commission mixte paritaire le 20 juillet 2026. Il reste possible que Bruxelles conteste, dans les mois qui viennent, certaines dispositions du texte français devant la Cour de justice de l’Union européenne, ce qui pourrait retarder ou modifier substantiellement son application concrète. Les familles françaises ont donc tout intérêt à ne pas se reposer exclusivement sur ce nouveau cadre légal pour encadrer l’accès de leurs enfants aux réseaux sociaux dans les mois à venir.

Pour aller plus loin dès maintenant, les parents peuvent consulter les huit recommandations publiées par la CNIL sur la protection des mineurs en ligne, activer les outils de contrôle parental déjà disponibles sur les smartphones familiaux, et suivre l’évolution du référentiel technique de l’Arcom qui doit être finalisé avant le 1er janvier 2027. La majorité numérique à 15 ans restera, pour l’instant, davantage un principe juridique en construction qu’une protection technique pleinement opérationnelle.

Questions fréquentes

À partir de quel âge un enfant peut-il s'inscrire seul sur un réseau social en France en 2026 ?

Depuis la loi adoptée le 21 juillet 2026, un mineur doit avoir au moins 15 ans pour ouvrir seul un compte sur un réseau social comme Instagram, TikTok, Snapchat ou Facebook. En dessous de ce seuil, une autorisation expresse d'un parent est obligatoire. Cette règle s'applique aux nouveaux comptes à partir du 1er septembre 2026, avec une phase de contrôle des comptes existants jusqu'au 1er janvier 2027.

La loi sur la majorité numérique est-elle vraiment appliquée dès la rentrée 2026 ?

L'interdiction de créer un nouveau compte pour les moins de 15 ans démarre théoriquement le 1er septembre 2026, mais le référentiel technique de vérification d'âge que doivent utiliser les plateformes n'était pas encore finalisé au moment de l'adoption du texte. L'application réelle et systématique du dispositif dépend donc de la mise en place effective de ces outils techniques par l'Arcom d'ici le 1er janvier 2027.

Pourquoi la Commission européenne a-t-elle bloqué le projet de loi français ?

Le 6 juillet 2026, la Commission européenne a jugé le projet de loi français incompatible avec le Digital Services Act, le règlement européen encadrant les plateformes numériques. Bruxelles craint qu'une réglementation nationale unilatérale fragmente le marché numérique européen et empiète sur ses propres prérogatives de supervision des grandes plateformes.

Comment fonctionne le jeton d'âge anonyme recommandé par la CNIL ?

Le jeton anonyme est un certificat numérique délivré par un tiers de confiance qui atteste qu'un utilisateur a l'âge requis, sans révéler son identité à la plateforme ni l'identité de la plateforme au tiers vérificateur. Ce mécanisme à double anonymat, recommandé par le laboratoire d'innovation de la CNIL et le PEReN, vise à limiter la collecte de données personnelles sensibles lors de la vérification d'âge.

Que risquent les plateformes qui ne respectent pas la loi sur la majorité numérique ?

Les plateformes non conformes s'exposent à une amende pouvant atteindre 1 % de leur chiffre d'affaires mondial de l'exercice précédent. La procédure prévoit d'abord une mise en demeure de l'Arcom laissant quinze jours à la plateforme pour se mettre en conformité, avant toute saisine de la justice en cas de manquement persistant.

Que peut faire un parent si son enfant de moins de 15 ans a déjà un compte sur un réseau social ?

Un parent peut contacter directement le service de protection des données de la plateforme pour demander la fermeture du compte au titre du défaut de consentement parental, puis saisir la CNIL en cas d'absence de réponse. Il est recommandé de conserver des captures d'écran datées du profil avant toute démarche de suppression, pour disposer d'une preuve en cas de contestation.

L'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs fonctionne-t-elle dans les pays qui l'ont déjà mise en place ?

L'exemple australien, premier pays à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en décembre 2025, montre des résultats mitigés. Plus de 85 % des mineurs concernés continuaient d'utiliser des plateformes soumises à restriction plusieurs mois après l'entrée en vigueur de la loi, selon des documents gouvernementaux australiens relayés en 2026.

Quel est l'âge moyen de première inscription d'un enfant sur un réseau social en France ?

Selon la CNIL, l'âge moyen de première inscription sur un réseau social en France se situe autour de huit ans et demi. Une étude de l'Arcom indique par ailleurs que 44 % des enfants utilisent déjà les réseaux sociaux avant l'âge de 13 ans, bien avant le seuil légal de 15 ans désormais fixé par la loi.

Sources

- CNIL - Résultats du sondage et de la consultation publique sur les droits numériques des mineurs (2026)
- CNIL - Recommandation 4 : rechercher le consentement d'un parent pour les mineurs de moins de 15 ans
- Arcom - Étude sur l'usage des réseaux sociaux chez les mineurs de moins de 13 ans (2026)
- Arcep - Baromètre du numérique 2025
- Assemblée nationale - Loi relative à l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans, adoptée le 21 juillet 2026
- Commission européenne - Avis sur la compatibilité du projet de loi français avec le Digital Services Act (6 juillet 2026)
- Qustodio - Données d'usage des réseaux sociaux par les mineurs australiens (2025-2026)
- La Quadrature du Net - Analyse du vote parlementaire sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (juillet 2026)
- franceinfo - Étude sur l'âge du premier smartphone chez les enfants français